Notes d'actualité

Si le FMI le dit …

Selon 4 chercheurs[1] du Fonds Monétaire International, la pandémie Covid porte en elle une «ombre longue», celle des «répercussions sociales des pandémies». Partant du lien pandémie et mouvement révolutionnaire observé par les historiens, les chercheurs du FMI ont établi ce lien de façon quantitative. Ils montrent ainsi que les pandémies mènent au désespoir économique et social, renforcent à long terme le désordre social, non sans avoir à court terme un effet pacificateur sur la situation sociale.

La pandémie en soi ne provoque pas le trouble mais amplifie les conditions préexistantes. Et de citer l’insurrection de juin1832 intervenue quand l’épidémie de choléra reculait. La situation française sociale et politique d’alors est explosive avec notamment le pic de la révolte des canuts fin 1831. Écartant toute vision systématique du lien épidémie, troubles sociaux, les experts évoquent une révolution allemande de 1918 émergeant au pic de la 2e vague de la grippe espagnole, mais ce sont les 5 années suivantes qui sont marquées d’une agitation sociale vive jusqu’au milieu des années 20. Les grippes asiatiques de 1957-58, et de Hong-Kong en 68-69 montrant qu’une crise épidémique a la capacité de renforcer les problèmes sociaux existants modulo un décalage dans le temps.

La pandémie a certes calmé les conflictualités comme celles qui ont traversé le Liban, le Chili, Hong-Kong ou encore l’Équateur, mais sans régler les inégalités portées depuis 40 ans par les politiques néolibérales qu’elle a aggravées. Face à la croissance faible ou nulle, le capitalisme n’a d’autre ressource qu’augmenter la pression sur le travail. À bas bruit durant la pandémie se tricote ainsi une situation explosive selon les experts du FMI.

Pour les chercheurs, ce calme du temps pandémique n’est pas gage de paix sociale mais temps de latence de désordres politiques et sociaux. Si le FMI semble ignorer les travaux de ses propres chercheurs, le réel les confirme voire devance la prédiction. Ainsi des troubles majeurs marquent nombre de pays. On évoquera le Sénégal où l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko a enclenché manifestations d’ampleur, émeutes de la faim, colères contre le chômage massif des jeunes, creusement des inégalités, corruption, le tout sur fond de gestion répressive de la crise sanitaire et de régime hyper présidentialisé de Macky Sall dont la brutalité échoue pour l’instant à mater le soulèvement populaire.

La Tunisie en 10e anniversaire de la dynamique de 2011 par de forts mouvements de protestation défend le droit de manifester, de s’exprimer, dénonce les violences  de l’appareil d’État à l’encontre des droits sociaux, économiques, culturels et environnementaux, le viol de la constitution. Au  Myanmar manifestations, résistances spectaculaires au coup d’état militaire rencontrent l’audace impressionnante des fédérations syndicales, des organisations de travailleurs notamment celle des cheminots, des fonctionnaires, des professionnels de santé.

En Inde les syndicats ouvriers ont organisé ce qui a pu être qualifié de plus « grande grève du monde » regroupant 250 millions de salarié.es et la lutte depuis plusieurs mois a gagné les campagnes. La colère des paysans indiens s’exerce contre les trois lois adoptées du gouvernement de Modi qui engagent une profonde libéralisation du secteur agricole. Mais ce soulèvement se généralise à toute la population. Dans plusieurs États des structures de démocratie directe (les panchâyat) sorte d’AG géantes pouvant réunir plusieurs dizaines de milliers de personnes se mettent en place pour la lutte mais aussi pour la vie quotidienne.

Le soulèvement se généralise, transforme les élections en referendum anti Modi, installe de nouvelles pratiques: mariages sans prêtre ni frais, ouverture d’ écoles dans les bidonvilles, repas aux enfants, défense des services publics avec les employés des assurances et des banques en grève contre leur privatisation. Peu à peu un double pouvoir se met en place.

Catherine Destom Bottin


[1]          https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/220221/une-etude-du-fmi-prevoit-une-vague-d-explosions-sociales-apres-la-pandemie

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