Horizons d'émancipation

L’abstention, la rue, le vote

Cet article fait partie du dossier « De l’hégémonie sociale à l’hégémonie politique ». Les autres éléments de ce dossier sont à lire sur ce site :

Comment l’abstention d’un électeur sur deux s’inscrit-elle dans le rapport de force. Si l’on ne considère pas que les forces de transformation se résument aux derniers résultats des dernières élections, si l’on ne considère pas davantage que l’adhésion à la politique de Macron pèse le poids de ses godillots à l’assemblée, alors il faut considérer que l’abstention n’est pas du côté « capitalisme néolibéral du rapport de forces ».

Quel rôle l’abstention joue-t-elle du côté de l’émancipation ? Les abstentionnistes désobéissent à l’injonction de faire leur devoir, les mots ont un sens. Pour ceux qui votèrent à gauche pendant les 30 à 40 dernières années et qui ont cessé de le faire, il y a l’expérience plus forte que tous les discours, leur vote n’a eu aucune efficacité à transformer la réalité. Pis, depuis 2002 une génération d’électeurs a fait l’expérience renouvelée d’avoir à se prononcer in fine entre droite et extrême droite quand chacune adopte le discours de l’autre pour en capter l’électorat. Ajoutons le kidnapping du référendum de 1992.

Si l’abstention tourne autour des 50 % depuis trois décennies, elle n’est semble-t-il pas insensible à l’air du temps. Ainsi interroge-t-on « abstention et proximité avec les gilets jaunes ». On s’est d’autant moins abstenu lors des élections européennes qu’on est autant plus proche des gilets jaunes.

Parmi 100 personnes se disant « très proches » des gilets jaunes 42 se sont abstenues, mais parmi 100 personnes s’affirmant « pas vraiment proches » des gilets jaunes 51 se sont abstenues. *

Les gilets jaunes qui ont marqué la forme de l’agir politique en revendiquant de façon extrêmement vigoureuse vouloir en finir avec la représentation en guise de démocratie, travailleraient-ils un tant soit peu les mécanismes qui fabriquent l’abstention ?

Imaginons que nos mobilisations d’aujourd’hui s’enhardissant à dépasser le « pour ou contre le RIP » et bataillent, argumentent, pour retrouver réinventer le droit de vote à désigner des représentants, des délégués à la sécurité sociale, aux caisses de retraite. Imaginons de dépasser alors des représentation uniquement syndicales ou politiques en les augmentant de représentants ou délégués venus du mouvement associatif , de la forme « collectifs » dont s’est enrichie la vie politique.  À coup sûr il y a de la dynamique disponible dans la rue et autour des piquets de grève.

Catherine Destom Bottin

* Profil des abstentionniste IPSOS européennes 2019

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