En annonçant la fin de la soit-disant abondance, Emmanuel Macron a en quelque sorte officialisé la crise globale de la société qui semble dériver tel un bateau ivre tellement il semble que personne ne maîtrise rien et surtout pas le marché.

Pourquoi «  fuite en avant » ? Les multinationales s’éloignent du travail qu’elles jugent « trop coûteux » et réserve de colères populaires ; de plus en plus de femmes et d’hommes refusent les conditions d’exploitation ; certain·es se suicident… Le système cherche à se concentrer sur l’énergie, à la fois pour des raisons de rendement des capitaux  et de domination sur le monde.

Et  Pétroliers et Gaziers sont les plus puissants, à la fois par les capitaux accumulés et aussi compte tenu de l’importance de l’énergie pour l’activité économique ; la consommation de pétrole et de gaz continue d’augmenter malgré les COP successives s’engageant à décarboner.

En effet, on ne peut trouver aucune explication économique normale aux augmentations démentielles des prix des énergies. La grève des salariés de Total et d’Esso indique bien que ce n’est  pas l’évolution des salaires qui justifie ces augmentations, c’est la même chose pour les gaziers et les salariés d’EDF. La nature nous donne, certes pas sans conséquences, mais gratuitement, les matières premières ; et les installations sont amorties depuis longtemps, voire vétustes et mal maintenues et entretenues… Quant aux besoins d’investissements, les opérateurs comptent surtout sur les contribuables comme en atteste la re-privatisation totale d’EDF envisagée au moment où il va falloir financer les nouveaux EPR nucléaires annoncés par Macron (malgré le fiasco de Flamanville).

C’est qu’avec la concentration économique à l’échelle mondiale, les majors du marché sont de plus en plus puissants et ce sont eux qui décident, en fonction de leur cupidité et en toute irresponsabilité. Nous sommes bien devant une impasse systémique.

Mais ils savent bien que ça ne durera pas éternellement.

D’abord parce que les ressources sont physiquement  limitées dans le temps, même s’ils reprennent les recherches et développent notamment  la fracturation pour obtenir gaz et pétrole de schiste en se foutant des dégâts pour les populations, les travailleurs et l’environnement. 

Et puis ça ne durera pas éternellement parce qu’il faudra bien qu’un jour les « grands dirigeants politiques », poussés par les peuples, prennent acte des recommandations des scientifiques du GIEC qui nous disent régulièrement qu’il y a urgence pour le climat.

Pétroliers et gaziers, plutôt que d’utiliser leurs immenses réserves financières (visibles et masquées) de manière utile à l’humanité tant sur le plan social que dans la reconversion énergétique, ont choisi de durer le plus longtemps possible en optimisant à court et moyen termes  leurs profits.

Leur stratégie est simple : organiser la rareté et le sentiment de rareté pour faire monter les prix et ainsi vendre moins mais beaucoup plus cher, sur les marchés les plus solvables.

Ainsi les prix sont complètement déconnectés des coûts et de la valeur d’usage de la production dont le but n’est pas de répondre aux besoins mais de produire du cash.

On ne peut expliquer autrement les mirobolantes hausses des prix de l’énergie qui alimentent les superprofits.  Il faut y ajouter l’invraisemblable indexation du prix de l’électricité sur celui du gaz.

Cela génère des réactions en chaînes non maîtrisées sur les coûts de fabrication, de transport, de chauffage etc. A quoi s’ajoute la généralisation des techniques marketings d’optimisation  des profits en jouant sur la rareté, et le sentiment de rareté, pour faire monter artificiellement les prix.

Et accessoirement, l’augmentation des prix, notamment de l’énergie (près de 60% de taxe sur l’essence) arrange bien l’État dont les recettes augmentent sensiblement et, lorsqu’il en reverse une petite partie, il peut proclamer qu’il protège les Français dans la tourmente.

Et pourtant, le pire n’est pas inéluctable. Des scientifiques ont élaboré le scénario négaWatt qui montre que des solutions existent mais ils précisent : « les seules forces du marché ne semblent pas suffisantes, il est donc nécessaire d’évoluer vers des formes plus horizontales, partenariales et participatives de gouvernance, de l’échelle locale à la coopération internationale ».

Autrement dit, on vérifie combien les combats sociaux et le devenir de l’Humanité sont liées, il est urgent que de puissants mouvements populaires se  développent pour faire émerger des solutions alternatives durables.

Alain Lacombe, Pierre Zarka

Cet article fait partie du dossier “Ukraine, de la guerre à la paix” dont vous pouvez retrouver l’intégralité en cliquant sur l’image à gauche.

La cause factuelle de la guerre en Ukraine est bien l’ambition impérialiste à l’ancienne de Poutine sur fond de nostalgie de la Grande Russie.

Ce n’est pas remettre en cause sa responsabilité de considérer que ce conflit s’inscrit dans un contexte plus général d’affrontement inter-impérialisme. Les oligarques Russes et Ukrainiens sont issus de la même veine, font des affaires ensemble et, avec tous les grands affairistes du monde, ils sont à la fois partenaires, complices, concurrents, prédateurs des moins forts d’entre eux et exploiteurs ; capitalistes quoi!

Il serait donc naturel que se construisent en Europe et dans le monde des mouvements solidaires avec les forces populaires Ukrainiennes et aussi Russes. Solidaire au sens de l’aide mais aussi parce que nous avons des intérêts communs au regard de ce que cette guerre révèle et permet.

Elle est l’occasion pour l’impérialisme occidental de tenter de reprendre la main alors que les Etats Unis ont dû quitter l’Afghanistan, la France le Mali… En Afrique annoncé comme marché émergeant, Russes et Chinois contestent la chasse gardée occidentale. De nouvelles puissances arrivent (Inde, Australie…)  Et l’Europe tout en faisant de bonnes affaires avec la Russie découvre sa dépendance énergétique…

Cette guerre est donc une bonne occasion pour les Etats Unis de renforcer ses positions en Europe, notamment en récupérant une bonne partie du marché Européen du pétrole et du gaz, de schiste de préférence. Pourtant le boycott n’est pas facile à faire passer du désir à la réalité. Selon Bloomberg « les recettes de l’exportation de brut qui alimentent le trésor du Kremlin restent plus élevées qu’elles ne l’étaient avant la guerre. »

Pétroliers et gaziers se frottent les mains ; la demande mondiale de pétrole continue de progresser (voir graphique), Total vient de trouver un nouveau gisement au large de Chypre et s’active sur un méga projet d’oléoduc en Afrique, en Angleterre le moratoire sur la fracturation pour le pétrole et le gaz de schiste est suspendu… les affaires reprennent.

Oubliés les engagements de la COP 21 de réduction progressive des énergies carbonées, l’arrêt de la recherche de nouveaux sites, le climat de guerre est une aubaine pour pétroliers et gaziers.  Cela d’autant plus que non seulement la demande progresse mais les producteurs et leurs financeurs excellent dans l’art de graduer l’offre pour faire monter des prix complètement déconnectés des coûts.

Selon Jayati Ghosh, professeur d’économie à l’université du Massachusetts la guerre en Ukraine et la reprise n’expliquent pas tout « La spéculation effrénée, menée principalement par des firmes financières comme les fonds d’investissement qui dominent les échanges, a beaucoup aggravée la situation. » l’article conclut « qu’une telle spéculation peut engendrer le chao. »

Certes la guerre n’explique pas tout mais elle permet à nos grands dirigeants du monde de justifier le chao. Ainsi Macron peut annoncer la fin de l’abondance. Mais peut-être est-ce plutôt la fin de l’ajustement automatique de l’offre et de la demande (la main invisible d’Adam Schmit).

Les spéculateurs utilisent désormais des outils marketings pour mesurer l’élasticité entre quantités et prix pour créer une pénurie, ou un sentiment de pénurie, qui aboutit à vendre moins mais plus cher sur les marchés les plus solvables.

Résultat, austérité pour les peuples et super profits pour les 1%. Pour cela nul besoin de complot, c’est le fonctionnement naturel de la fuite en avant du capitalisme.

Il serait temps d’arrêter de regarder ailleurs et pas seulement pour l’environnement.

Alain Lacombe

Que faire après cette élection présidentielle reproduisant la finale de 2017 dont 4 français sur 5 ne voulaient pas.

Malgré le grand tapage médiatique, 15.8 millions d’électeurs se sont abstenus ou ont voté blanc ou nul au 2eme tour.  41% des votants Macron déclarent ne pas adhérer à son projet ; la présidentielle apparaît chaque fois plus mortifère pour la démocratie, les partis traditionnels sont dépassés… Pierre Ducrozet dans Libération écrit : « il y a quelque chose de délétère dans cette démocratie, une odeur de fin de règne ».

A l’évidence, pour la grande majorité de nos concitoyens, la réélection bien orchestrée du président n’ouvre aucun espoir de sortir de la crise globale qui s’accélère et qu’ils subissent durement.

Et l’inquiétude est grande car le pire peut arriver.

La droite toujours plus dure se réorganise autour de Macron vers qui convergent LR et PS en mal de reclassement. Sa porosité avec  l’extrême droite  se confirme sous forme de débauchage et de récupération d’idées.

Les jeunes de 18 à 34 ans se sont abstenus à près de 45% (Ipsos) et comme ils ne sont pas aussi dépolitisés que ça (climat, solidarité…) cela traduit aussi une contestation de l’ordre établi. Beaucoup se sont saisi du vote Mélenchon perçu comme le seul  utilisable pour dire quelque chose : 18/24 ans 31%, 25/34 ans 34%.  Les mouvements  étudiants et lycéens clamant leur colère  devant le non choix du 2ème tour, est significatif, au-delà des controverses ils expriment souvent le refus de l’ordre capitaliste.  Il y a, semble-t-il, notamment dans la jeunesse, un potentiel de luttes et de construction politique porteur d’avenir.

Parallèlement, l’accord au sommet des appareils à gauche nous pose la question de ne pas en rester à ce stade et de tout en attendre. Mais, partant de cette réalité nouvelle, se pose comment, partout où c’est possible, peut s’organiser des assemblées  citoyennes qui accentuent les mesures porteuses de dépassement des logiques capitalistes et font que les futurs élus ne se considèrent pas indépendants de ces constructions.

Il faut nous en saisir pour construire sur le temps long, à partir des urgences. L’expérience nous montre qu’il est vain de courir d’une élection à l’autre avec des stratégies à géométrie variable pour chaque échéance.

Ces espaces, ou ces collectifs, doivent s’inscrire dans la durée, œuvrer à décloisonner et libérer la vie politique,  faire le lien entre la politique et les luttes sociales, environnementales, sociétales …

Alain Lacombe

par Alain Lacombe

La responsabilité du drame ukrainien, incombe en premier à Monsieur Poutine et ses acolytes, avides de puissance.

Mais les conséquences de cette guerre sont révélatrices des enjeux inter-impérialistes. La mondialisation capitaliste se caractérise par un haut niveau d’interpénétration des capitaux et des économies et en même temps, ces capitaux sont concurrents, les majors se disputent les marchés et le processus de concentration poursuit son œuvre inexorablement. Dans ce contexte, l’impérialisme occidental se voit contester son leadership par les impérialismes russe et chinois, en particulier les américains constatent que les marchés européens sont fortement dépendants de la Russie, notamment pour l’énergie.

Les sanctions, sont l’occasion pour les États Unis de tenter de récupérer entre autres, les marchés européens du gaz et du pétrole. Selon l’agence de consulting IHS, « la production américaine de pétrole est 2.5 fois plus importante qu’en 2008. Si bien que le pays est devenu le premier producteur mondial, devant la Russie et l’Arabie Saoudite. D’ici quelques années, il devrait même devenir exportateur net ».

Un objectif cynique ignorant de l’urgence climatique, d’autant qu’américains et russes augmentent leur production avec le pétrole et aussi le gaz de schiste particulièrement polluants.

Pour cela, Biden peut compter sur Macron : au sommet de Versailles, après avoir célébré « l’impératif de la souveraineté européenne, sa nécessaire autonomie stratégique », le président de l’Europe a en même temps annoncé d’énormes investissements publics pour créer de nouvelles infrastructures d’accueil pour le gaz et le pétrole. Curieuse conception de l’autonomie stratégique…

Mais ce n’est pas si simple, l’Allemagne a, la première, déclaré qu’elle ne peut pas se passer de l’énergie fournie par la Russie et Total refuse de renoncer au retour de profit sur ses gros investissements russes pour laisser le champ libre à ses concurrents étasuniens. La guerre économique est impitoyable.

Et oui, le monde capitaliste est un grand marché où la concurrence est libre et non faussée ; les grands dirigeants politiques du libéralisme ne maîtrisent pas sa fuite en avant. En cause cette contradiction fondamentale du capitalisme entre l’intérêt global et même géopolitique (macroéconomie) et les intérêts particuliers des actionnaires (microéconomie), contradiction exacerbée par la mondialisation galopante. Et ce monde est de plus en plus dangereux, polluant et explosif.

La guerre en Ukraine tombe bien pour relancer la course aux armements. L’Allemagne, jusque-là réticente, et ça ne lui a pas trop mal réussi, annonce un budget de 100 milliards d’euros pour le militaire, A Versailles, Macron a invité les États Européens à monter leur budget de défense à 2%, celui de la Chine est annoncé en hausse de 7% …

Les marchands d’armes se frottent les mains et nos grands dirigeants pensent que cela favorisera la relance de nos économies en mal de croissance génératrice de profit. Ils ont sans doute appris en première année d’économie que la guerre est une solution pour résoudre les crises cycliques du capitalisme.

Et ils ont oublié cette pensée d’Albert Camus : « La paix est le seul combat qui vaille d’être mené ».

Alain Lacombe

Le contexte 2027 : les iles Tuvalu englouties par les eaux, le président du MEDEF, Yannick Bolloré se félicite de la suppression définitive du Smic, le développement des moteurs à hydrogène est fortement freiné par l’augmentation du prix de l’eau…Et on est en pleine affaire du Bio contaminé.

C’est l’heure du grand débat du 2eme tour. La campagne du premier tour, marquée par des ralliements, des abstentions, des scandales, des mises en examen et même un assassinat ont conduit au 2eme tour 2 candidats inattendus à ce stade de la compétition :

Christophe Brillant (Jérémy Manesse) ostensiblement de droite et Carole Marteau (Florence Savignat) timidement de gauche et vaguement écologiste.

Débat animé par Lisa Mallarmé (Morgane Bontemps) l’ambitieuse  qui a préparé son coup et Didier Palavas (Benjamin Alazraki) le présentateur poli.

Un débat insipide s’engage plein de lieux communs et d’auto satisfaction….

Et  la journaliste vedette annonce, aux 3 autres, qu’elle a versé dans leurs verres d’eau un sérum de vérité.

Et de fait la candidate se libère, les crises sociales, environnementales et démocratiques s’invitent dans le débat, le cynisme du candidat apparait, il avoue ses liens avec le patron de la multinationale pollueuse et le journaliste avoue son homosexualité.

La suite ? Il faut aller la voir,  mais le système médiatico-politique récupère vite la situation :

Finalement, «  l’important est que les gens aux commandes soient les gens qu’il faut, les français sont contents comme ça, ils suivent l’élection comme on suit un jeu de téléréalité… »

La conclusion à Machiavel : «  Gouverner,  c’est faire croire. »

On en est là ! Présidentielle 2027.  Café de la gare : 01 42 78 52 51 www.cdlg.fr Le lundi à 19h.

Vincent Bolloré a annoncé le lancement d’une OPA de Vivendi sur Lagardère avec le soutien des principaux actionnaires du groupe dont Bernard Arnault.

Alors qu’il vient d’acheter le groupe Prisma (Télé-Loisirs, Voici, Femme actuelle, Capital, Gala…le géant Français des médias (Canal+, C8, CNEWS, Havas, Editis etc.) va ainsi  avaler le groupe Lagardère : Europe 1, Paris Match, le JDD, Guilli entre autre mais aussi tout le secteur édition du groupe, Hachette Livre le n° 3 mondial ( Livre de Poche, Calman Lévy, Grasset, Stock, Larousse…), des éditions de livres scolaires…) plus les Relay H etc.

Selon Médiapart « jamais une telle concentration horizontale et verticale n’a été réalisée dans le monde des médias et de la communication. Un signe supplémentaire de notre effondrement démocratique. »

Rappelons qu’à la libération, les principaux patrons de presse ayant collaboré, un dispositif visant à favoriser le pluralisme et la presse d’opinion avait été mis en place avec la création de coopératives de presse permettant à tous les journaux de bénéficier de tarifs communs pour la distribution (NMPP, Poste)  l’achat de papier (SPPP) et l’impression avec une intervention forte du syndicat des ouvriers du livre dans la gestion des imprimeries.

Les nouveaux patrons de presse ont d’abord joué le jeu avant de remettre tout en cause, non sans résistance, beaucoup se souviennent encore de la grande grève des imprimeurs du Parisien Libéré, qui en fait concernait tous les titres.

Ironie du sort, il se trouve que Jean Luc Lagardère (le père) a été un des premiers patrons de presse à quitter les coopératives pour faire cavalier seul.

Aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose de ce dispositif et les médias ont considérablement évolué, avec le développement des télévisions, d’internet  etc.

Sur le plan économique aussi puisqu’une poignée de milliardaires possède 90 % des médias français.

Plus d’un français sur 2 ne croit plus en la télé radio presse. Daniel Schneidermannn (Arrêt sur images)  explique que « si la presse en général ment, ce n’est pas par désir conscient d’enfumage mais par fonction qui est de préserver l’ordre des choses, ordre économique, ordre politique… Des journalistes auto-persuadés de leur honnêteté peuvent, au total, fabriquer une presse mensongère. »

C’est que jusqu’à maintenant, l’ordre des choses suffisait pour maintenir le système, les patrons de presse n’intervenaient pas directement auprès des journalistes et des chroniqueurs (qui se substituent de plus en plus aux journalistes).

Avec Bolloré, on passe à une autre dimension, pas seulement dans la concentration économique mais aussi dans le niveau d’intervention du capital dans les contenus.

Déjà lorsqu’il est arrivé à Canal+ Il a clairement annoncé la couleur en faisant le ménage dans les programmes (les Guignols…) et les rédactions. Bien qu’encore minoritaire, il a commencé à le faire à Europe 1. Ou plusieurs dizaines de journalistes annoncent leur intention de faire jouer la clause de conscience.

A l’appel de l’intersyndical et de la société des rédacteurs d’Europe 1, 150 personnes, pour la plupart journalistes ont dénoncé « l’emprise croissante de Vincent Bolloré dans les médias, » et fait part de leur crainte de voir leur radio se transformer en un média «  d’opinion. »

On connaît les opinions du patron de Vivendi à travers  CNews, Valeurs Actuelles etc ;  avec lui, l’extrême droitisation de la presse est en marche.

Ce n’est pas un hasard si le fleuron de ses chroniqueurs est Éric Zemmour, produit politique  lancé dans la campagne présidentielle, curieusement ( ?) avec la même méthode et les mêmes réseaux que Macron : Bolloré, Arnault, la banque Rothschild, la City…

Zemmour serait-il le plan B de la bourgeoisie ?

C’est que Bolloré a besoin de l’État français pour développer ses affaires dans le monde, il est présent dans 105 pays sur 5 continents. En Afrique, il est implanté dans 45 pays avec 250 filiales, il est un maillon essentiel de la France-Afrique. On comprend qu’avec son compère Bernard Arnault, lui, plus engagé dans le plan A, ils s’intéressent, avec ses médias, aux élections présidentielles.

Et compte tenu de l’exacerbation des crises sociales, environnementales et démocratiques, un Zemmour pourrait servir ; lui pourrait peut-être crever le plafond de verre pour mettre en place un régime toujours plus liberticide, pour aujourd’hui ou pour demain.

Il est pourtant envisageable, même si la tâche est immense, de remettre en cause l’efficacité de ces superforces de frappe médiatiques destinées presque ouvertement à conditionner les esprits pour maintenir l’ordre des choses capitaliste.

Déjà le baromètre de confiance dans les médias TNS-Sofres indique que 60 % des Français s’interrogent sur l’indépendance des journalistes par rapport au pouvoir politique, au pouvoir économique et à l’argent.

Selon une enquête CEVIPOF-Opinion Way, ils seraient moins d’un quart à faire confiance aux médias traditionnels.

Il y a donc de la place pour développer des médias alternatifs, de proximité.

Les chemins sont nombreux ; journaux, télévisions, radios, sites internet… Mais, pour reconquérir la parole et construire durablement une alternative démocratique, les citoyens devront se réapproprier les moyens de production de l’information.

Et il y a du déjà là :

A Marseille, à la suite des révoltes urbaines de 2005, les habitants des quartiers populaires se sont organisés pour reprendre une parole confisquée. Ce sont ainsi créés, souvent avec des journalistes professionnels,  des médias de proximité leur donnant la parole ; on peut citer Les femmes de la Baguette magique devenues reporters de leur quotidien,  Primitivi qui retrace l’histoire du quartier au travers de l’expression des habitants, radio Grenouille, à la fois radio associative, productrice de projet, médiatrice et diffuseuse, atelier de création sonore, sans oublier La Friche et le Collectif ŒIL,

La Friche est «  un collectif de journaliste indépendants-es, artistes, documentaristes, techniciens-es, (qui) tous et toutes revendiquent une pratique professionnelle directement inspirées du réel des quartiers populaires. » La Friche anime également des ateliers d’éducation aux médias et à l’information visant à la réappropriation de la parole médiatique.

Le collectif ŒIL défend une photographie  «  fondée sur l’engagement social. Ce que nous voyons, ce que nous capturons, ce que nous montrons, est ce que nous pouvons et devons changer, ces engagements tendent à promouvoir une vision humaniste de la société. » Raymond Depardon a dû apprécier lui qui a écrit : « si tu photographies les gens, il faut leur parler. »

On pourrait trouver bien d’autres exemples, très divers,  de libération de la parole pour une information vivante.

Il appartient au mouvement populaire de relever aussi  le défi médiatique pour transformer l’ordre des choses.

Cerises, média alternatif, s’efforce modestement d’apporter sa contribution.  

Alain Lacombe

Pour la photo

https://www.acrimed.org/

On se doutait que le plan de relance de Biden aurait du mal à passer de l’effet d’annonce à la réalité

Cela se confirme ;  comme trop souvent, la gauche (?) même majoritaire, se croit obligée de faire avec (ou comme) la droite.

C’est ainsi que 5 sénateurs démocrates se sont mis d’accord avec 5 sénateurs républicains, voilà le résultat :

  • Le plan initial de 2250 mds de dollars est ramené à 1209 mds sur 8 ans et, sur cette enveloppe, il n’y a que 580 mds supplémentaires, le reste étant des crédits déjà prévus. On change d’échelle !
  • L’investissement dans les « infrastructures humaines  » a été retiré. L’accord ne porte que sur des investissements classiques. Certes, cela reste un peu Keynésien mais plus social du tout.
  • Le taux de l’impôt sur les sociétés restera à 21% alors qu’il devait être porté à 28% pour faire financer le projet par les grandes fortunes. À la place, c’est la croissance générée par le plan de relance qui, en produisant du profit,  augmenterait les recettes fiscales. On croirait entendre Macron, et il semble que, sans le dire, la théorie du ruissellement redevient d’actualité.
  • L’accord comprend le renoncement à la transition vers les énergies renouvelables.

Certes, Biden clame qu’il ne renonce à rien, que les mesures annoncées initialement seront dans d’autres dispositifs, notamment budgétaires etc. Mais il n’est même pas acquis que  ce qu’il reste de son plan sera budgété.

D’autant plus que l’aile gauche du parti démocrate menace de ne pas le suivre.…

Et les lobbies de la finance  continuent de s’activer pour que la manne financière serve bien à valoriser le capital…

La nouvelle sociale-démocratie annoncée à grand coup de trompettes risque bien de n’être… qu’un effet d’annonce.

Alain Lacombe

Le moins que l’on puisse dire est que le plan de relance présenté par Joe Biden fait sensation dans les médias, de gauche en particulier. Le journal Le Monde souligne «  l’ampleur historique d’un plan de relance colossal qui devrait avoir un impact considérable sur la vie de millions d’américains. »

Mediapart parle d’un nouveau paradigme et écrit que le président des États-Unis entend promouvoir une nouvelle social-démocratie, tout en admettant que les obstacles seront nombreux et que cette rupture est encore incomplète. Même ATTAC titre : « Une révolution progressiste au pays de l’Oncle Sam… »

Il est vrai que relativement à la révolution reaganienne des années 1980 et après 4 ans de politique de Trump, on croit un peu rêver en entendant Joe Biden déclarer que « la théorie du ruissellement n’a jamais fonctionné. ». Et de fait, Biden met le paquet : un premier plan de  1900 milliards de dollars puis un second de 2300 milliards (sur huit ans). ). Des millions d’Américains à faible revenus toucheront jusqu’à 1400 dollars d’aides directes par individus et personnes à charge, coût total : 400 milliards de dollars. 350 milliards sont prévus pour les États et les collectivités locales, 213 milliards pour le logement social, 100 milliards pour les infrastructures électriques, 115 pour les routes et ponts, 80 pour les chemins de fer, 66 milliards pour l’eau et près de 400 milliards. pour les activités de service à la personne. Des investissements annoncés dans des domaines souvent délaissés par le passé. Sans oublier la recherche et aussi, quand même, quelques moyens sont prévus pour soutenir directement certains secteurs d’activité.

Et ce plan, Biden annonce qu’il veut le faire payer par les riches en augmentant le taux de l’impôt fédéral sur les sociétés de 21 à 28%. Du jamais vu depuis le début des années 50.

Bien sûr, il faut relativiser cette hausse qui d’ailleurs, sous la pression des lobbies, pourrait bien être ramenée à 25% ce qui entérinerait une baisse de 10 points sur les 14 décidés par Trump. Cela consoliderait quand même une perte de près de 30% du rendement de l’impôt, ce qui reste considérable. Il y a aussi l’annonce d’un relèvement des taxes pour ceux qui gagnent plus de 400 000 dollars par an.

Et, contrairement aux plans de relance français et européens, l’argent n’est pas distribué au privé en espérant qu’il fasse les bons choix, par nature, il choisit les intérêts de ses actionnaires, mais utilisé pour des investissements publics massifs et la relance de la consommation des plus défavorisés.

Il semble que les excès de la politique néolibérale de Trump aient convaincu Biden que trop de libéralisme risque de tuer le libéralisme d’où ce choix d’un retour de l’État interventionniste utilisant l’investissement public pour relancer la consommation et l’activité économique. Le retour de Keynes en quelque sorte. Macron et les Européens restant les derniers défenseurs honteux de la théorie du ruissellement.

De quoi donner à nouveau du grain à moudre à une nouvelle social-démocratie comme le suggère Mediapart ? Pas si sûr.

D’abord parce qu’il s’agit de mesures ponctuelles, en quelque sorte un nouveau New deal (Julien Bayou d’EELV va jusqu’à évoquer un « green new deal » alors que les mesures contre le changement climatique sont peu présentes dans ce plan).

Ensuite le capitalisme a évolué depuis Roosevelt, il s’est mondialisé et financiarisé et Biden est loin d’être suivi par les autres chefs d’États occidentaux. La concentration économique, notamment sous l’impulsion des fonds d’investissements, fonctionne désormais comme un rouleau compresseur capable d’imposer sa volonté aux politiques publiques les plus audacieuses en s’appuyant sur des traités internationaux qui laissent l’essentiel des pouvoirs économiques au marché, dominé par les multinationales. Ces dernières pratiquent un lobbyisme très  efficace auquel Biden a d’ailleurs déjà commencé à céder sur le taux de l’impôt fédéral des sociétés, annoncé initialement à 28% et déjà probablement ramené à 25%. Au même niveau que celui prévu en France pour 2022.

Et comme la baisse tendancielle du taux de profit est toujours une constante du capitalisme, on assiste à une nouvelle étape de la restructuration du capital à l’échelle mondiale, les plus puissants absorbant les plus faibles pour améliorer leur profitabilité. Cela risque d’avoir des conséquences économiques  et sociales de nature à remettre en cause la belle histoire. Et on risque de chercher en vain le grain à moudre pour satisfaire les revendications et répondre durablement à l’urgence sociale.

Mais il est possible que ce plan donne provisoirement une bouffée d’oxygène au capitalisme. Mais, fondamentalement, il s’agit d’un plan résolument productiviste qui vise à relancer la sacro-sainte croissance, vitale pour la course aux profits et l’accumulation de capital. Il ne prend absolument pas en compte la nécessité d’un monde d’après débarrassé de l’impérative nécessité de poursuivre la fuite en avant du capitalisme.

A moins que Biden prenant, conscience de l’impasse néo libérale, pousse son raisonnement jusqu’au bout (pas de ruissellement, faire payer les riches pour répondre aux besoins…) et  franchisse le pas de la remise en cause du capitalisme financiarisé. Macron, le dernier, et honteux, adepte de la théorie du ruissellement ne s’en remettrait pas.

Bon, on peut toujours rêver mais on n’en est pas encore là, même s’il ne faut pas sous-estimer ce qui se passe aux États Unis, en particulier la remise en cause de certains dogmes du néolibéralisme mais aussi le développement de luttes diverses et d’expériences citoyennes porteuses de déjà là.

Alain Lacombe

L’histoire part de ce titre du Monde : La fin de la planète en 2100. L’article évoque une étude réalisée par 22 scientifiques du monde entier. Cyril Dion se pose alors la question : « et si montrer des solutions était la meilleure façon de répondre aux crises écologiques, économiques et sociales ? »

Et s’en suit un tour du monde des expérimentations ; des fermes urbaines de Détroit et Todmorden aux États unis, à Kuttambakkan en Inde en passant par l’Angleterre, la Suisse, la Finlande…

Les initiatives évoquées sont très diverses, des fermes urbaines installées par appropriation citoyenne de friches industrielles à la création de monnaies locales d’échange non spéculatives en passant par des expériences d’économie circulaires, de solidarité, de villes en transition de relocalisations etc.

Diversité certes mais beaucoup de commun : rejeter le capitalisme, affirmer le principe d’auto-organisation, privilégier les qualités d’empathie, de coopération plutôt que de compétition, ne pas attendre les institutions pour agir, si besoin, désobéissance civile, respecter les lois de la nature.

En conclusion du voyage : « Aujourd’hui nous avons besoin de créativité, de solidarité, d’intelligence ». Il y a de l’intelligence à puiser dans toutes ces expérimentations, qui montrent  du « déjà là » qui peut nous aider à aller plus loin.

Alain Lacombe

Demain, Cyril Dion,  Éditions Actes sud, Mai 2020, 416 pages,  9.50 €

Dans un contexte social explosif, un groupe de militants de la gauche radicale est frappé par la mort de l’un d’entre dans une manifestation, ils décident d’enlever des patrons du CAC 40 pour obliger Macron à mettre en place une politique anticapitaliste.

On assiste à des scènes parfois humoristiques, mais globalement la tonalité du film est plutôt grave.

Au-delà des hommes (il n’y a que des hommes parmi les patrons) c’est le système capitaliste qui est en cause et aussi la relation intime entre les grands patrons et le président qui fait ce que lui dictent les activistes et ça marche…

Les patrons captifs sont mis au boulot sur des machines ; il y a cette scène savoureuse d’une ouvrière qu’il a licenciée tentant d’apprendre la couture à un Bernard Arnaud qui s’énerve de ne pas y arriver. Décidemment ce sont bien les travailleurs qui savent  créer la richesse, pas les actionnaires…

La fin est surprenante, mais pas tant que ça à la réflexion… je vous laisse la découvrir en allant voir le film (avec débat si possible, l’équipe est très motivée.)

Le film n’a pas la prétention de donner la bonne recette révolutionnaire mais, selon son réalisateur de, « mettre en scène un véritable débat d’idées autours de la révolution et des problématiques contemporaines. » Réfléchir sans trancher sur l’action politique, la radicalité, la violence, le courage physique, l’urgence sociale et climatique… et aussi la démocratie, un peu absente…

Alain Lacombe

Basta Capital film de Pierre Zellner  www.destinydistribution.com

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