Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Luttes et communisme.

Les jeunes militants, bien en phase avec les luttes contemporaines très concrètes évoquent en même temps «  un nouvel imaginaire et un renouveau communiste. »

Armell et ses compagnons zadistes de Notre Dame des Landes  «  se sont formé·es un  imaginaire  avec cette idée, à la fois que le communisme est une projection de la société qu’on désire, mais c’est aussi une manière de s’organiser dès à présent dans nos pratiques quotidiennes, dans nos manières de nous organiser à  la fois dans les luttes mais aussi dans nos modes d’organisation dans le monde capitaliste, je pourrais développer sur comment la ZAD a transformé notre imaginaire. On s’est retrouvé avec un territoire où pendant plusieurs années l’État n’entre pas, ou sa présence est beaucoup moins forte, il n’y a plus de service public. Même si quand on est blessé on va toujours à l’hôpital pour la sécu, une bonne partie des gens ont un RSA, mais, pour autant, il y a un certain nombre de choses où on cherche à répondre à nos besoins dès à présent ; sur la production de nourriture, sur la résolution des conflits, sur la décision politique. »

Armell qui est aussi militant d’un réseau ravitaillement ajoute : « j’ai du mal à parler du communisme sans faire de lien avec la question des luttes, la question du communisme dès à présent ne doit pas se séparer de cette question-là. »

Antoine travaille dans 2 associations (de récupération d’invendus redistribués à  des étudiants l’autre intervenant dans les quartiers populaires) : «  Ce sont des associations qui sont en lien avec mon engagement communiste transmis par mes parents je ne suis pas adhérent d’un parti politique mais l’idée de partage est importante pour moi, réduire les inégalités, réduire les risques…et je me suis interrogé sur qu’est-ce que moi je peux faire en période de confinement ? »

Patrick  pose une question : «  Quand on reprend les bases ancestrales du communisme, et du socialisme, la question de la redistribution est forte : de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins. On est bien dans une société où le communisme est une pratique immédiate. Pour reprendre ce terme-là, qui dit bien que chacun compte pour un et qui entend lutter contre les inégalités… Alors pour ne pas être trop long ma question est : « pour vous une société communiste ou un communisme à usage immédiat, je mélange les 2 volontairement, est-ce la meilleure redistribution possible ? Ou bien est-ce quelque chose d’autre que la redistribution ? »

Pierre prolonge la question de Patrick : « Armell disait tout à l’heure, on théorise depuis ce que l’on fait… Le problème est jusqu’où sommes-nous capable de théoriser ?… par exemple, Antoine évoque la distribution de nourriture gratuite, est-ce que cela n’est pas une vision de la société où l’argent joue un rôle de moins en moins grand ? Est-ce que cela n’est pas nous donner, et je dis « nous », volontairement, davantage de force, de montrer que tel aspect concret participe d’une autre vision cohérente de la société, d’un autre type de cohérence de la société. Idem quant à la question soulevée quant au pouvoir, quant à la démocratie.»

Antoine :

« On a peut-être pas le même rapport (au communisme) que votre génération parce que nous n’avons pas grandi avec le même contexte géopolitique. Mais j’ai l’impression, mais ce n’est pas votre cas, que le communisme est vu comme une utopie, voire même une dystopie.

Et pour moi, dans cette vision de cette société que l’on prône, c’est une société où l’argent serait au second plan, ce serait autre chose, ce qui la régulerait serait beaucoup plus humaniste, dans une vision collective. »

1er mai à Rennes

Jack veut rebondir sur la ZAD de NdL. : La ZAD a impulsé un peu un renouveau communiste qui nous donne à espérer dans le temps, une société meilleure, et nous, on allait à la ZAD pour une société meilleure et en fait ça a impulsé un imaginaire, pas seulement dans le milieu autonome, de renouveau communiste. » 

Armell considère qu’il y a un aller et retour constant entre la théorie et la pratique : « C’est cela qui est important, la majorité des gens qui viennent au réseau ravitaillement ne viennent pas sur un truc de « je ne sais pas quoi faire, ou juste j’ai envie de donner de la nourriture.» La majorité vient parce qu’ils savent qu’on est un espace politique et qu’on fait de la politique un peu différemment : on fait des trucs concrets… »

Quand on fait des distributions alimentaires, on va réfléchir de  comment on va discuter avec les gens. En fait, c’est un moment où on parle politique. On parle concrètement de : il y a telle lutte, telle chose et on explique clairement qu’on est un groupe qui veut faire de la politique. Je crois que c’est important de voir où on veut aller. »

Pour Clément, «  les lendemains qui chantent sont loin… ça (les luttes) prend des formes beaucoup plus horizontales avec un sens qui est beaucoup plus proche pour les gens qui s’engagent dans les aboutissements des luttes… aujourd’hui, les causes sont beaucoup plus concrètes. On les voient devant nous les zones humides qui vont être détruites par l’aéroport… et si on fait annuler l’aéroport, tout de suite, c’est ce truc là qu’on a devant les yeux qui va être préservé, contrairement à la victoire du prolétariat et la réorganisation communiste de la société qui est un truc abstrait, pour le siècle prochain…

Ces milieux qui sont ceux du militantisme contemporain ont des formes plus horizontales, de collectif, qui se traduit par des circulations d’affects et d’idées différentes de celles qu’il y avait dans l’organisation rationnelle et hiérarchisée des partis de masse »

Armell pose la question des services publics : « qu’est ce qui fait qu’il y a un service qui est public, géré collectivement et pas l’autre…ce sont des différences fonctionnelles ou juste les conditions historiques qui ont produit ça ? »

Sylvie, « Pour l’instant, dans ma visée, je pense qu’il y a des grands secteurs qui doivent être dans le service public : la santé, l’éducation, le transport… Je pense à des services publics non gérés étatiquement. Les productions ne sont pas forcément gérées à une grande échelle mais organisées à de petites échelles sous des formes coopératives, c’est peut-être une question de taille, d’égalité d’accès à des choses fondamentales. Par exemple il faut que tout le monde puisse accéder à une bonne alimentation, d’autant que c’est aussi une question de santé publique. »

Pour Alain  « en fait, le service public, fondamentalement, c’est l’ensemble des services rendus à la population, ça recouvre toute l’activité humaine et ça ne se réduit pas à ce qui est géré par l’État mais évidemment Armell évoquait une réalité liée à l’histoire et il y a aussi diverses fonctions économiques.

Pour moi, la réflexion sur le communisme porte aussi sur : c’est quoi une entreprise ? L’entreprise, c’est d’abord l’affaire des salariés… l’autogestion est une possibilité mais ça ne suffit pas. C’est aussi l’entreprise dans la société donc aussi l’affaire des consommateurs, des collectivités locales et territoriales, des fournisseurs (les clous), des clients, des usagers etc. Il y a donc tout un tas de synergies et de partenariats à mettre en place en se dégageant bien entendu des actionnaires dont la seule fonction est la collecte d’une partie de la valeur ajoutée par le travail.

C’est un débat à engager sur quelle conception avons-nous et quelle architecture évolutive on envisage pour notre société ? »

Et pour Catherine  « ce n’est pas qu’une question économique, c’est une question politique mais aussi philosophique ; c’est : que voulons-nous pour le genre humain. »

(la photo en tête de cet article a été prise lors des « soulèvements de la terre, rassemblement contre les méga-bassines »

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