Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

De soi aux communs, autogestion d’une perspective

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 La (re)construction d’une dynamique et d’un projet politique ne peut que partir de collectifs locaux (ou sectoriels?), d’une autogestion « à la base » de la chose publique, en tout ou partie, et se bâtir en rhizome à partir de là, « d’où on parle » comme mise en dynamique, en germination d’une part d’identité pour aller vers du commun. 

Pour Jean qui gravite dans plusieurs structures associatives en région parisienne, « la politique néo-libérale a réussi son pari de constamment atomiser les masses sans consentement mutuel », et « dans cette atomisation, il y a toute une série de formes, de groupes qui émergent sur des appartenances locales, sur des sujets très précis. Il y a eu les Gilets Jaunes, c’était une forme de renoncement à ce consentement familier ». On dit « Stop, ça suffit » alors même que « l’identité sociale ne trouve pas son expression politique », rendant impuissantes ou néfastes les formes politiques et institutionnelles pour Pierre, qui participe  à un Conseil d’habitants dans le village où il habite . Comment s’investir, alors ?  «Je n’ai pas en tête que nous fondions nos mouvements les uns dans les autres mais chacun de ces mouvements n’a-t-il pas potentiellement deux dénominateurs communs ?

Qui doit décider de notre sort?

Qui doit tenir les rênes dont nous dépendons? ».

Jean indique qu’énormément de jeunes sont « impliqués dans des formes de désobéissance civile, de désarmement, de renoncement à des structures officielles de représentativité ou de représentation ».

Et d’illustrer par cette expérience au printemps maraîchin dans les Deux-Sèvres:  «  7000 personnes se sont rassemblées contre la privatisation de l’eau et du vivant en général, à l’appel de la Confédération paysanne et d’autres organisations (Greenpeace, Attac, les Amis de la Terre, etc). Il y avait énormément de jeunes qui étaient là qui viennent des ZAD, d’Agro-Paris-Tech, qui viennent de tous horizons et qui sont extrêmement remontés ».

Construire un avenir, maîtrisé, doit-il commencer par « se reconnaître comme un mouvement qui a des intérêts communs » ? dit Bakoly.   « Par une reprise en main du mouvement citoyen » pour Jean.

Bakoly insiste sur « d’où on parle, pour moi c’est très marxiste, très matérialiste, le d’où on parle n’est pas forcément identitaire » et salue cet espoir de « partir  des différentes dominations, en se disant aussi qu’il y a des productions de dominations autre qu’économiques. Je trouve que dans nos luttes, dans les miennes, c’est ça qui est intéressant. La question d’où on parle avec les intérêts de classe et que souvent on peut interroger quand on est racisé ( j’utilise le mot racisé socialement), quand on porte sur notre nom, sur notre figure les stigmates d’un racisme possible et intégré de manière systémique, quand on parle à partir de cet endroit-là , on se pose la question : est-ce que je suis dans mon camp social ? ». Et donc « comment dans les organisations, réinterroger la place qu’on fait aux gens qui débarquent, et qui ont dans leur construction de pensée toutes ces réflexions intersectionnelles quand bien même ils n’auraient pas été formés ».

Ouvrir une perspective doit parler à « la réalité des gens, à la réalité des agressions » et « faire la jonction entre les femmes exilées, les femmes racisées de banlieue, des prolétaires pour défendre nos intérêts particuliers, pas identitaires, nos intérêts particuliers et faire évoluer l’ensemble des questions militantes à partir de ces réflexions là et oui, nous on a très envie d’aller prendre le pouvoir, parce qu’on se dit qu’il n’y a personne d’autre que nous qui le ferons. » 

Ce que Vincent, responsable à la FSU, complète par le souci de « reconstituer le tissu d’expression des intérêts et des identités pour reprendre ce (…) qui avait pu être auparavant  celui des organisations traditionnelles de la gauche ».

Cependant « y aurait (-il) un espèce de mur invisible à surmonter qui traditionnellement sépare les luttes sociales de tous ordres ; luttes de classe et luttes d’opprimés et luttes de toute sortes et l’expression politique institutionnelle ?  Les gilets jaunes par exemple ont tenté alors avec maladresse de crever cette muraille invisible en abordant les questions institutionnelles, les questions de la forme de la démocratie, de la forme de l’état et donc aussi de la forme du fonctionnement de nos organisations »

Catherine salue « cette volonté que se rassemblent les bonnes raisons de lutter ensemble ». Martin, jeune militant, constate « des luttes, il y en a à tous les coins de rue, qui plus est en région parisienne ».

Ce mouvement plus fort que la vie institutionnelle au sens où d’après Vincent « Entre ça et les mouvements sociaux, qui ne se sont pas arrêtés, y compris les luttes de classe pour les salaires qui ont continué tout au long de l’élection présidentielle, et les revendications de tous les opprimés. Il faut effectivement que dans toutes les luttes sociales, il y ait des formes qui permettent à tout le monde de dire les oppressions diverses, elles ne doivent pas s’entrechoquer.  La volonté d’émancipation c’est le fait de faire que tout cela s’additionne sans s’annuler, en une force pour aboutir à quelque chose ». Mais aussi que « l’auto organisation locale, évidemment c’est essentiel mais ça ne se réalise pas pleinement si ça n’aborde pas la question du pouvoir et de la forme politique au niveau de l’état et même au niveau de la communauté des états, au niveau international ».

Cette dimension locale n’empêche pas qu’ « aujourd’hui, les marches climat, la jeunesse, le mouvement XR… ce sont des choses qui font un peu consensus ou en tout cas qui font appel à des mouvements massifs où il y a des gens de tous horizons ».

Faire donc rhizome avec tout cela ?

Pour Pierre, « Construire de vrais projets par les intéressé/es c’est comme un puzzle, personne ne peut prétendre tout savoir : chacun/e en a une pièce et on voit comment les rabouter. » En entendant ces « jeunes qui ont refusé de voter, au mouvement des lycéens et étudiants, se réclamant explicitement de l’anticapitalisme, disant « nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes » et se réclamant de l’héritage de 1968 ».

Vincent souligne que « les rapports sociaux sont tels que les gens atomisés, avant qu’ils se soient réunis dans une lutte peuvent difficilement avoir des propositions » mais que « la question de la prise du pouvoir, elle va de la personne qui se réunit avec d’autres », « cette capacité à instaurer une constituante de l’intérieur » même d’institutions.

Tout un programme….

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